« Explain Pain » fiche de lecture 7

Partie 3 : Le corps brisé, déconditionné

Introduction

La douleur est une force irrépressible présente dans le corps humain afin de favoriser la survie. Chaque fois que vous vous blessez, même très légèrement, dans le quotidien, le processus de guérison du corps se met en route, et parfois, très rapidement : le but étant de rendre à nouveau les tissus fonctionnels le plus rapidement possible.

La compréhension des phénomènes de blessure et de guérison nous permet de participer au processus en tenant compte du repos, du mouvement, de l’alimentation, des médicaments et de la chirurgie. Parfois, le repos est préférable, parfois le mouvement est préférable.

Le processus de guérison reste le même, peu importe le tissu qui a été blessé. La guérison des intestins ou de la peau suivent le même processus que la guérison des muscles et des articulations. L’inflammation se développe dans le tissu, ce qui est une bonne chose à priori, car cette inflammation apportera sur les lieux de la blessure les cellules immunitaires et les cellules de reconstruction dont il a besoin. Une cicatrice se forme et le tissu est remodelé pour ressembler le plus possible au tissu original. Les deux éléments majeurs qui déterminent la vitesse de la guérison sont l’apport sanguin et le transport des éléments spécifiques dont le tissu aurait besoin : les tissus qui ne bénéficient que d’un pauvre apport sanguin, comme les ligaments et les disques intervertébraux, prennent plus de temps à guérir que les muscles ou la peau qui bénéficient d’un riche apport sanguin.

La douleur devrait diminuer à mesure que le tissu guérit. En fait, elle disparaît souvent avant que le tissu ne soit complètement rétabli. Ceci n’est pas surprenant, car la douleur sert à protéger le tissu. Parfois, la douleur associée à une blessure d’un nerf persiste plus longtemps, ce dont nous parlerons dans un chapitre subséquent.

On peut en général prévoir le temps de guérison de chacun des tissus. Une fois que ce temps de guérison est écoulé, ils n’ont pas de deuxième chance. Pensez à une ancienne coupure, regardez une ancienne cicatrice : la peau et les tissus sous-jacents sont passés à travers le processus de cicatrisation; ils n’auront pas de deuxième chance de le faire et la peau n’est peut-être pas aussi mobile qu’auparavant : mais la réparation a eu lieu.

Plusieurs tissus peuvent (ou non) être impliqués dans la douleur que vous ressentez. Dans les prochaines sections, nous tenterons d’expliquer différents types de blessures tissulaires, quels seraient leurs rôles dans l’expérience de la douleur et comment elles participent à la guérison. Une analyse des tissus concernés vous aidera à mieux gérer et traiter la douleur que vous ressentez.

L’acidité et l’inflammation dans les tissus

L’acidité dans les tissus

Ne pas bouger suffisamment, une entrave physique (par exemple, rester assis longtemps sur un rocher) entraîne une accumulation de produits dérivés de l’activité cellulaire dans vos muscles et dans vos articulations, et cela inclut de l’acidité. Rester assis toute la journée devant l’ordinateur peut entraîner une accumulation d’acidité dans les muscles et autres tissus mous. Les capteurs d’acidité vont s’ouvrir et un influx nerveux sera transmis à la moelle épinière, et peut-être au cerveau. Si le cerveau conclut que les muscles sont en danger (ce qui paraît logique), et qu’il faut faire quelque chose (ce qui semble aussi logique), alors la douleur apparaîtra. La solution ? Bouger. Seulement bouger. Peu importe le type de mouvement. Des mouvements variés, et très souvent les étirements seront les mouvements les plus efficaces.

Le simple fait de penser à l’acidité dans nos muscles devrait nous inciter à nous lever et à bouger. C’est un traitement simple, économique, qui ne nécessite pas de médicaments ni de thérapie sophistiquée.

L’inflammation dans les tissus

Tout ce qui se termine en « ite » signifie inflammation : amygdalite, tendinite, etc. L’inflammation augmente la sensibilité et c’est une bonne chose. Elle constitue une forme primitive de défense et elle est essentielle à la réparation des tissus. Soyez fiers et reconnaissants de l’enflure, de la rougeur et de la douleur qui accompagnent une blessure : c’est votre système de réparation interne. Imaginez si les voitures pouvaient s’autoréparer ! Un pare-chocs enflé pendant deux jours, et ça y est !

Voyez un clou planté dans un pied. Tout ce qui arrive sera dans le but de guérir la blessure. De petits vaisseaux seront brisés et de petits nerfs étirés. Des cellules, qui normalement restent là à attendre les problèmes, libèrent de l’histamine, ce qui entraîne les vaisseaux sanguins à libérer du plasma qui est la cause de l’enflure. En même temps, des globules blancs et d’autres cellules sont libérés afin de nettoyer les dégâts dans la zone et stopper la propagation des bactéries. Ces cellules sont des phagocytes et des macrophages. D’autres cellules sont appelées en renfort pour former une croûte et créer une cicatrice. Les nerfs endommagés vont aussi libérer des molécules chimiques qui vont participer à la réparation. Ensemble, ils forment la « soupe inflammatoire ». Cette soupe inflammatoire va sensibiliser les capteurs de danger et cette sensibilité accrue protège les tissus endommagés.

L’inflammation entraîne de la douleur, de la chaleur, de la rougeur et de la raideur particulièrement le matin. Les médicaments anti-inflammatoires, tels que l’ibuprofène, le naproxène, l’aspirine et le paracétamol, en réduisent les effets, ce qui inclut la douleur. Il est probable qu’ils stoppent la production de prostaglandines qui sont des substances chimiques clés sensibilisantes durant l’inflammation. L’enflure, qui inquiète beaucoup de gens, n’est qu’un sous-produit de l’inflammation et signale le besoin d’un apport sanguin plus important ainsi que de substances chimiques nécessaires à la guérison.

Remarquez que nous parlons ici d’inflammation aiguë. L’inflammation chronique qui existe dans plusieurs maladies comme l’arthrite rhumatoïde aura des effets différents.

L’inflammation : Le coût d’une blessure

L’inflammation survient lors de chaque lésion tissulaire et le cerveau sera presque toujours intéressé. Cela inclut toutes les formes de blessures. Le cerveau humain est capable de rassembler toute une foule d’indices pour comprendre la signification du message de danger.

Dans le but de produire la réponse la plus favorable, le cerveau pourra produire une réponse sous forme de douleur, une réponse motrice, sympathique, immunitaire et endocrine dans le but de protéger et de préserver l’organisme.

Si vous marchez sur un clou, votre cerveau se mettra à calculer et à extraire toutes les informations d’événements similaires et il tentera de déterminer la meilleure façon de répondre. Il se souviendra des blessures antérieures. « Ai-je besoin d’un vaccin antitétanique ? À quand le dernier remonte-t-il ? » Il évaluera les circonstances immédiates. « Je devrais ranger les clous pour éviter que quelqu’un d’autre ne se blesse. J’aurai bien l’air fou ! Je n’ai pas le temps pour ça ! Est-ce que je salis tout avec mon sang ? Est-ce qu’il y a une artère de blessée ? » Le cerveau se mettra aussi à estimer les impacts futurs. « Est-ce que ma carrière de danseur est terminée ? Aurai-je besoin de béquilles ? Est-ce que je devrai aller à l’hôpital ? Est-ce que j’aurai une infection ? » Il comparera aussi avec ce qui est arrivé aux autres. « Est-ce que je vais finir comme la femme dans l’émission de télé ? »

Ce qu’on ignore à ce moment-là, c’est que toutes ces inquiétudes ajoutent à la sensation de douleur. La seule chose qu’on sent vraiment, c’est la douleur.